« C’était au temps où Ville-sur-Haine s’industrialisait… » aurait pu fredonner le grand Jacques

Fin des années 30… du XIXème siècle, des travaux de construction d’un grand axe, Le Roeulx – Mons, furent entrepris : la Chaussée de Mons actuelle. Son tracé sera légèrement modifié avec l’apparition du Canal du Centre. En 1849 est mise en service la ligne ferroviaire entre Manage et Mons…en passant par Ville-sur-Haine, bien sûr !

Toutes ces nouvelles voies de communication incitent les investisseurs et entrepreneurs à s’installer à proximité du plateau de la gare. Des manufactures de tailles diverses virent le jour. La Rue des Fabriques qui longe la voie de chemin de fer face à l’ancienne gare « Havré-Ville » garde encore quelques vestiges de son passé industriel. D’après les documents en ma possession, je peux écrire qu’en 1870, s’est érigée une sucrerie et en 1883 lui a succédé une des premières cimenteries du Royaume. Comme la sucrerie, la cimenterie ne fonctionnera que quelques années ne pouvant faire concurrence aux entreprises plus grandes et plus modernes. Plus récemment, la verrerie Doyen a fait les beaux jours de la population du coin. L’Union Chimique Belge dont quelques bureaux sont encore visibles près du passage à niveau a fait connaître Ville-sur-Haine à travers le pays et bien au-delà…

Voir aussi Cimenterie et verrerie à Ville-sur-Haine

« C’était au temps où Ville-sur-Haine s’animait… » aurait continué le chanteur

Dans une bonne conjoncture, les ducasses se multipliaient en référence aux fêtes religieuses. Sur la Place de Ville : à l’Ascension et à l’occasion de la fête de St Lambert, patron de la paroisse, le troisième dimanche de septembre. Au quartier de la gare, une ducasse avait lieu le dernier dimanche du mois d’août, après la ducasse du « Grand 15 » à Havré. (Durant le week-end de l’Assomption, à Havré sont toujours organisées des festivités en tous genres avec en apothéose, un magnifique feu d’artifice) Au pont St Jean, au milieu des années 50, plusieurs ducasses ont été organisées. La ducasse des quatre pavés (aujourd’hui, carrefour central de Ville-sur-Haine) avait lieu lors de la Ste Anne, fin juillet. Gilbert Lagneau se souvient du carrousel en face de son domicile, des jeux de massacre… et de la friterie Galand venant d’Obourg qui officiait près du salon Manet (aujourd’hui, établissement Talotti). Chaque mardi soir de ducasse, les commerçants « des quatre pavés », comme bien d’autres, rejoignaient dans la bonne humeur la friterie. Et il y en avait des commerces : le café du coin où Alain Gérin réside actuellement, chez « Julia du téléphone » ; le marchand de vélo Léopold Staquet dénommé « Pol du choix » ; Arille, le bourrelier et sa femme qui tenait un petit commerce de premières nécessités : café, sucre, chicorée, confitures et tabac ; la mercerie/lingerie d’Emilie Quertinmont (maman de Gilbert Lagneau) ; la quincaillerie de Rosa Brillet (grand-mère de Linda Dauby) ; la boucherie Louis Majois ; une épicerie tenue par Germaine Gillon ; la mercerie d’Emilia Forges sans oublier l’épicerie de Georges Delplace que j’ai connue encore en activité à mon arrivée à Ville-sur-Haine. Au milieu de tous ces commerces, le salon Manet a pu entretenir des liens entre tous les Villois grâce aux différentes activités proposées… Des pièces dramatiques furent jouées au profit des prisonniers de guerre. Des concours de whist remplirent les tables du café. Des bals avec orchestre rassemblaient plusieurs centaines de personnes. Le salon Manet fut aussi le rendez-vous des colombophiles pour embarquer les paniers et plus tard pour faire enregistrer les retours des pigeons. Le crossage au palier et les luttes de balle pelote donnèrent aux Villois l’occasion de se rencontrer autour d’un bon verre… plaisirs simples entre Villois qui entretenaient des liens entre voisins, ce qui n’existe quasiment plus dans les grandes agglomérations.

Un tout grand merci à Gilbert Lagneau pour ses souvenirs personnels et sa documentation.

Patrick Renaux

Cimenterie et verrerie à Ville-sur-Haine

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Entamés en 1839, les travaux de construction de l’actuelle chaussée de Mons – entre Le Roeulx et la cité du Doudou en passant par Ville-sur-Haine et Havré– sont achevés en 1842. Son tracé sera cependant légèrement modifié par le creusement du canal du Centre en 1883.

En 1849, est mise en service la ligne ferroviaire entre Manage et Mons, en passant par La Louvière et Bracquegnies. Toutes ces nouvelles voies de communication incitent investisseurs et entrepreneurs à établir à la rue des Fabriques – rue qui longe la voie de chemin de fer face à l’ancienne gare « Havré-Ville » – des manufactures de tailles diverses.

C’est ainsi qu’en 1870, s’y installe une fabrique de sucre de betterave. Son activité sera toutefois éphémère puisqu’en 1883 une des premières cimenteries du Royaume voit le jour sur le site de cette sucrerie. Cette dernière ne fonctionnera également que quelques années ne pouvant concurrencer les cimenteries plus modernes.

Suite à la fermeture de la cimenterie s’installera en 1908 la société en nom collectif « Verreries Jean-Baptiste Doyen et Compagnies ». Une trentaine d’ouvriers y travaillent jour et nuit par pauses.

En 1910, une soixantaine d’ouvriers et ouvrières ainsi que cinq employés y sont occupés. La production annuelle s’élève à 3 millions de pièces.

La Première Guerre mondiale entrainera la fermeture temporaire de l’entreprise.

En 1924, une nouvelle société est constituée : « Verreries-Gobeleteries Doyen S.A. » à Havré-Ville. Elle occupe 395 ouvriers .

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En novembre 1975, la verrerie de Havré-Ville est définitivement fermée et le personnel envoyé au siège de Manage.

Voir aussi « C’était au temps où Ville-sur-Haine s’industrialisait… » aurait pu fredonner le grand Jacques

Charbonnage Saint-Henri à Thieu

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Les premières exploitations

Au début des temps modernes, cette exploitation comprenait sans doute un puits peu profond, quelques galeries où les entrepreneurs descendaient travailler eux-mêmes.

Les moyens mécaniques fort rudimentaires, l’inexpérience des ouvriers, le mode de concession des mines (3 – 6 – 9), la faible consommation de charbon avant l’essor de l’industrie moderne, l’absurde préjugé faisant considérer le noir combustible comme dangereux pour la santé, les événements politiques et les nombreuses périodes d’agitation furent autant d’obstacles qui brisèrent le développement des « charbonnières ».

Ainsi, vers la fin du XVII ième siècle, l’art difficile d’exploiter les mines en était encore, dans le bassin du Centre, à sa période d’enfance.

Après avoir épuisé les gisements de collines, dans lesquelles ils pénétraient par des galeries, nos ancêtres procédèrent au forage de puits donnant accès aux veines de faible profondeur

A partir des puits, ils pratiquaient des galeries qui leur permettaient d’aller abattre la houille au moyen de pics.

Celle-ci était amenée au puits dans des récipients traînés à même le sol, puis plus tard, montés sur des roues.

Les puits furent, à l’origine, surmontés de tourniquets à bras qui permettaient de remonter les paniers de charbon, appelés « cuffats » .

Aux tourniquets à bras se substituèrent dans la suite les manèges à chevaux, ceux-ci disparaîtront au 18 ième siècle au fur et à mesure de l’installation des machines à vapeur dites d’extraction ; tandis que les cuffats seront remplacés par des cages métalliques guidées le long des parois des puits.

Création des sociétés

Les comptes du domaine du Roeulx, année 1467, chapitre XV des recettes signalent une « carbonère con dist le Brulotte gisant au terroir de Thieu, de Ville sour Hayne et aux alentours » ; nous ne possédons que cette simple mention de la « carbonère « primitive de la « Brulotte » sur les territoires de Thieu de Ville-sur-Haine.

La société de Bracquegnies fut créée le 3 avril 1715, le Prince de Croy, haut justicier de Thieu, ayant accordé le droit de tirer du charbon sur son fief à Eloy et André Monoyer, Alexandre Ripoteau et Jean-Paul Fiévez.

Elle creusa, pour l’assèchement de ses chantiers, un conduit aboutissant à niveau du Thiriau, près de la planche au sentier de Thieu.

En 1727, les entrepreneurs du charbonnage de Bois-du-Luc creusèrent un conduit dans la direction de Bracquegnies et Thieu ; l’exécution de cette galerie d’écoulement coûta plus de 200.000 Florins mais elle permit de constater la puissance et la richesse du dépôt charbonnier.

A partir de 1730, les grandes espérances que l’on fonde sur les charbonnages en activité stimulent les recherches et de nouvelles sociétés se constituent.

Origine à Thieu

Les comptes du domaine du Roeulx, année 1467, chapitre XV des recettes signalent une « carbonère con dist le Brulotte gisant au terroir de Thieu, de Ville sour Hayne et aux alentours ».

Nous ne possédons que cette simple mention de la « carbonère « primitive de la « Brulotte » sur les territoires de Thieu de Ville-sur-Haine.

Il est difficile de préciser la date exacte de la constitution de la société nouvelle « Thieu – Ville – Gottignies « ; deux éléments permettent toutefois de situer la naissance de cette compagnie entre 1732 et 1773.

D’une part, les comptes de la seigneurie du Roeulx pour 1732 signalent qu’on ne tire plus de charbon à Thieu, Ville et Gottignies.

D’autre part en 1773, les maîtres des fosses ouvertes à Thieu, Ville et Gottignies signent une requête pour obtenir la chaussée de Soignies à Mariemont.

Signalons que ce document mentionne aussi la société des fosses du Roeulx, formée par un sieur Parot, dont les héritiers ont revendiqués par demande du 2 mars 1837 la concession.

Deux autres demandes furent présentées le 21 avril 1838 et le 7 mai 1838, la première par MM Dequanter, Bouchie, Marlier, Dumortier et Consorts, la deuxième par le Prince de Croy-Solre.

Les 8 janvier et 7 mars 1861, une société française commença deux sondages et abandonna.

Historique de la société

Le bulletin officiel du royaume de Belgique (Tome XXI, n° 227, année 1840) nous donne quelques renseignements complémentaires sur cette compagnie.

Le 2 janvier 1787, le comte du Roeulx accorde une suite favorable à une requête des maîtres des houillères de Thieu, Ville et Gottignies, à savoir Louis Bellot et co-associés.

Le 24 messidor an VI, une déclaration de l’administration municipale du canton du Roeulx reconnaît « que les sieurs Bellot, Nicolas-François Piérache et autres composant la société de Ville-sur-Haine exploitent les mines de charbon qui se trouvent dans les territoires de Ville-sur-Haine, Thieu et Gottignies, en vertu de concession qui remonte à des temps reculés et dont la reproduction est moralement impossible.

L’exploitation passa ensuite entre les mains de MM Van Miert, Nicaise, Fontaine et Mauroy de Mons ; ceux-ci demandèrent en 1830 la confirmation des concessions antérieures.

Par acte du 3 juin 1834, Gustave Visart de Bocarmé demeurant à Thieu, Alexandre Delaroche de Thieusies et Marc Lefebvre de Tournai reprenaient la concession Thieu-Ville-Gottignies (2313 hectares).

Les statistiques des mines de Thieu,Ville-sur-Haine et Gottignies établies le 3 janvier 1840 nous apprennent que 20 ouvriers sont occupés par la société : 5 de 10 à 15 ans, 15 de plus de 15 ans mais pas de femmes.

En 1830, le salaire journalier oscille entre 80 et 90 centimes, il est fixé entre 1 F 20 et 1 F 30 en 1836, c’est-à-dire le prix d’un hectolitre de charbon.

Les travaux de recherches établis à Thieu au lieu dit « La Brûlotte « furent interrompus vers 1842.

La concession de Thieu – Ville – Gottignies fut réunie à la société de Bracquegnies par l’arrêté royal du 28 mars 1870.

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En 1908, la société de Bracquegnies creusa à Thieu au lieu dit « Ruelle malade » le puits Saint Henri.

Au moment de la catastrophe de 1914, l’extraction était très importante : 2.000. chars de charbon par jour ; le nombre des ouvriers ne cessait d’augmenter, une partie d’entre eux venait de Flandre.

En 1938, il y avait 800 ouvriers et en juin 1958, au moment de la fermeture il était 900

En 1970, cent ans après le début de la concession, reprise par la société de Bracquegnies, celle-ci renonce à ses droits.

La députation permanente autorise l’abandon de la concession et ordonne le remblaiement de la buse d’extraction.

La catastrophe du 2 mars 1914

En 1914 des terrains s’affaissèrent au Coron Marin et le 2 mars, un catastrophique coup d’eau fit 9 morts dans la mine de Thieu.

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Le 2 mars 1914 à 19h30, les eaux et les sables des morts-terrains envahirent tout à coup les travaux souterrains du siège St Henri à Thieu.

Les eaux s’étaient livrés passage par la paroi d’un bouveau creusé dans la région du couchant, la mine fut envahie avec une grande rapidité.

Chaque moment de retard que s’imposèrent de braves ouvriers pour prévenir leurs compagnons, par l’accomplissement d’un devoir d’humanité, pouvait leur coûter la vie.

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Les ouvriers Denis Hennicq, Emile Richelet et Vital Sauvage travaillaient dans les galeries voisines où le coup d’eau s’est produit ; au lieu de fuir immédiatement, ils allèrent au devant de l’inondation et tous ensemble luttant contre le courant d‘eau et de boue, ils tentèrent de sauver l’ouvrier Vandenbosch, qui avait les deux jambes cassées.

Malheureusement, l’eau qui montait toujours rendait leurs efforts illusoires, la chute des lampes les plongea dans l’obscurité complète ; dans ces conditions, le malheureux qu’ils voulaient sauver leur échappa et les braves ouvriers gagnèrent à grande peine l’accrochage.

Extrait du moniteur du 18 juillet 1914.

Un beau geste de la Reine ELISABETH.

Visite de la Reine aux familles des victimes de la catastrophe du charbonnage St Henri à Thieu le 2 mars 1914.

La Reine ELISABETH, femme au cœur généreux qui si souvent déjà s’est penchée avec pitié sur les souffrances des malheureux, vient de justifier une fois de plus son beau nom de consolatrice des malheureux.

Avant-midi, Mr INGENBLECK, secrétaire de leurs Majestés, était passé en automobile à Thieu ; il avait fait avertir Mr MANCHE (gérant du charbonnage) qu’il se présenterait chez lui l’après-midi, les familles des victimes étaient également prévenues qu’on viendrait leur rendre visite l’après-midi.

Vers 17 heures, une grosse voiture automobile s’arrêta devant la maison du porion Léopold HARDAT, l’héroïque mineur qui trouva la mort en tentant un dernier effort pour arrêter le torrent souterrain.

Quelques personnes attirées par le ronflement du moteur virent descendre de l’automobile, un Monsieur et deux Dames vêtues de noir.

Mr INGENBLECK se présenta et fit connaître l’Auguste Visiteuse, sa Majesté s’entretint alors pendant dix minutes avec Mme HARDAT et ses enfants leur prodiguant à tous, avec une exquise douceur ses meilleures consolations.

Après avoir affectueusement serré les mains, elle regagna la voiture royale, saluée respectueusement par les quelques curieux qui stationnaient dans la rue.

L’automobile se dirigea alors vers la place des Aulnois ; la Reine précédée de Mr INGENBLECK descendit de l’auto et s’engagea dans la petite ruelle, qui à travers les jardins conduit à la maison de Vital VANDENBOSCH, qui trouva la mort dans les circonstances affreuses que l’on sait.

Mr INGENBLECK annonça à Mme VANDENBOSCH qu’elle allait recevoir la visite de sa Majesté la Reine ; ici, encore, la Reine prodigua les paroles les plus douces au cœur de ces malheureux, elle demanda affectueusement des renseignements sur cette famille.

On lui répondit que cinq des enfants étaient des filles et que le dernier était le jeune garçon de 13 ans et demi.

La Reine voulut savoir où il travaillait ; à la verrerie fut-il répondu, il se lève à 4 heures et part au train à 4 heures 50, il revient le soir à 18 heures ; la Reine déclara : pauvre petit, je m’intéresserai à vous, je vous le promets.

La Royale Visiteuse prit congé de la famille VANDENBOSCH et regagna son automobile escortée par les filles du malheureux mineur ; elle donna à celles-ci une dernière poignée de main et l’automobile démarra.

A Thieu, personne ne voulait croire que c’était la Reine, qui aussi simplement, était venue rendre visite aux familles éprouvées par la catastrophe.

Jésuite Georges DEMEIVRE de Strasbourg, Château St Pierre à Thieu.

Michel et Jacqueline se souviennent de la cimenterie de Thieu

Michel et Jacqueline se remémorent les années où la cimenterie de Thieu battait son plein. Elle employait nombre de Thierrois et prospérait. Revers de la médaille, cette usine causait quelques désagréments : le bruit incessant de l’élévateur à godets puis du pont roulant, le trafic routier, les façades embouties par des camions et surtout, la poussière qui pénétrait partout y compris dans les habitations.