Charbonnage Saint-Henri à Thieu

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Les premières exploitations

Au début des temps modernes, cette exploitation comprenait sans doute un puits peu profond, quelques galeries où les entrepreneurs descendaient travailler eux-mêmes.

Les moyens mécaniques fort rudimentaires, l’inexpérience des ouvriers, le mode de concession des mines (3 – 6 – 9), la faible consommation de charbon avant l’essor de l’industrie moderne, l’absurde préjugé faisant considérer le noir combustible comme dangereux pour la santé, les événements politiques et les nombreuses périodes d’agitation furent autant d’obstacles qui brisèrent le développement des « charbonnières ».

Ainsi, vers la fin du XVII ième siècle, l’art difficile d’exploiter les mines en était encore, dans le bassin du Centre, à sa période d’enfance.

Après avoir épuisé les gisements de collines, dans lesquelles ils pénétraient par des galeries, nos ancêtres procédèrent au forage de puits donnant accès aux veines de faible profondeur

A partir des puits, ils pratiquaient des galeries qui leur permettaient d’aller abattre la houille au moyen de pics.

Celle-ci était amenée au puits dans des récipients traînés à même le sol, puis plus tard, montés sur des roues.

Les puits furent, à l’origine, surmontés de tourniquets à bras qui permettaient de remonter les paniers de charbon, appelés « cuffats » .

Aux tourniquets à bras se substituèrent dans la suite les manèges à chevaux, ceux-ci disparaîtront au 18 ième siècle au fur et à mesure de l’installation des machines à vapeur dites d’extraction ; tandis que les cuffats seront remplacés par des cages métalliques guidées le long des parois des puits.

Création des sociétés

Les comptes du domaine du Roeulx, année 1467, chapitre XV des recettes signalent une « carbonère con dist le Brulotte gisant au terroir de Thieu, de Ville sour Hayne et aux alentours » ; nous ne possédons que cette simple mention de la « carbonère « primitive de la « Brulotte » sur les territoires de Thieu de Ville-sur-Haine.

La société de Bracquegnies fut créée le 3 avril 1715, le Prince de Croy, haut justicier de Thieu, ayant accordé le droit de tirer du charbon sur son fief à Eloy et André Monoyer, Alexandre Ripoteau et Jean-Paul Fiévez.

Elle creusa, pour l’assèchement de ses chantiers, un conduit aboutissant à niveau du Thiriau, près de la planche au sentier de Thieu.

En 1727, les entrepreneurs du charbonnage de Bois-du-Luc creusèrent un conduit dans la direction de Bracquegnies et Thieu ; l’exécution de cette galerie d’écoulement coûta plus de 200.000 Florins mais elle permit de constater la puissance et la richesse du dépôt charbonnier.

A partir de 1730, les grandes espérances que l’on fonde sur les charbonnages en activité stimulent les recherches et de nouvelles sociétés se constituent.

Origine à Thieu

Les comptes du domaine du Roeulx, année 1467, chapitre XV des recettes signalent une « carbonère con dist le Brulotte gisant au terroir de Thieu, de Ville sour Hayne et aux alentours ».

Nous ne possédons que cette simple mention de la « carbonère « primitive de la « Brulotte » sur les territoires de Thieu de Ville-sur-Haine.

Il est difficile de préciser la date exacte de la constitution de la société nouvelle « Thieu – Ville – Gottignies « ; deux éléments permettent toutefois de situer la naissance de cette compagnie entre 1732 et 1773.

D’une part, les comptes de la seigneurie du Roeulx pour 1732 signalent qu’on ne tire plus de charbon à Thieu, Ville et Gottignies.

D’autre part en 1773, les maîtres des fosses ouvertes à Thieu, Ville et Gottignies signent une requête pour obtenir la chaussée de Soignies à Mariemont.

Signalons que ce document mentionne aussi la société des fosses du Roeulx, formée par un sieur Parot, dont les héritiers ont revendiqués par demande du 2 mars 1837 la concession.

Deux autres demandes furent présentées le 21 avril 1838 et le 7 mai 1838, la première par MM Dequanter, Bouchie, Marlier, Dumortier et Consorts, la deuxième par le Prince de Croy-Solre.

Les 8 janvier et 7 mars 1861, une société française commença deux sondages et abandonna.

Historique de la société

Le bulletin officiel du royaume de Belgique (Tome XXI, n° 227, année 1840) nous donne quelques renseignements complémentaires sur cette compagnie.

Le 2 janvier 1787, le comte du Roeulx accorde une suite favorable à une requête des maîtres des houillères de Thieu, Ville et Gottignies, à savoir Louis Bellot et co-associés.

Le 24 messidor an VI, une déclaration de l’administration municipale du canton du Roeulx reconnaît « que les sieurs Bellot, Nicolas-François Piérache et autres composant la société de Ville-sur-Haine exploitent les mines de charbon qui se trouvent dans les territoires de Ville-sur-Haine, Thieu et Gottignies, en vertu de concession qui remonte à des temps reculés et dont la reproduction est moralement impossible.

L’exploitation passa ensuite entre les mains de MM Van Miert, Nicaise, Fontaine et Mauroy de Mons ; ceux-ci demandèrent en 1830 la confirmation des concessions antérieures.

Par acte du 3 juin 1834, Gustave Visart de Bocarmé demeurant à Thieu, Alexandre Delaroche de Thieusies et Marc Lefebvre de Tournai reprenaient la concession Thieu-Ville-Gottignies (2313 hectares).

Les statistiques des mines de Thieu,Ville-sur-Haine et Gottignies établies le 3 janvier 1840 nous apprennent que 20 ouvriers sont occupés par la société : 5 de 10 à 15 ans, 15 de plus de 15 ans mais pas de femmes.

En 1830, le salaire journalier oscille entre 80 et 90 centimes, il est fixé entre 1 F 20 et 1 F 30 en 1836, c’est-à-dire le prix d’un hectolitre de charbon.

Les travaux de recherches établis à Thieu au lieu dit « La Brûlotte « furent interrompus vers 1842.

La concession de Thieu – Ville – Gottignies fut réunie à la société de Bracquegnies par l’arrêté royal du 28 mars 1870.

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En 1908, la société de Bracquegnies creusa à Thieu au lieu dit « Ruelle malade » le puits Saint Henri.

Au moment de la catastrophe de 1914, l’extraction était très importante : 2.000. chars de charbon par jour ; le nombre des ouvriers ne cessait d’augmenter, une partie d’entre eux venait de Flandre.

En 1938, il y avait 800 ouvriers et en juin 1958, au moment de la fermeture il était 900

En 1970, cent ans après le début de la concession, reprise par la société de Bracquegnies, celle-ci renonce à ses droits.

La députation permanente autorise l’abandon de la concession et ordonne le remblaiement de la buse d’extraction.

La catastrophe du 2 mars 1914

En 1914 des terrains s’affaissèrent au Coron Marin et le 2 mars, un catastrophique coup d’eau fit 9 morts dans la mine de Thieu.

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Le 2 mars 1914 à 19h30, les eaux et les sables des morts-terrains envahirent tout à coup les travaux souterrains du siège St Henri à Thieu.

Les eaux s’étaient livrés passage par la paroi d’un bouveau creusé dans la région du couchant, la mine fut envahie avec une grande rapidité.

Chaque moment de retard que s’imposèrent de braves ouvriers pour prévenir leurs compagnons, par l’accomplissement d’un devoir d’humanité, pouvait leur coûter la vie.

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Les ouvriers Denis Hennicq, Emile Richelet et Vital Sauvage travaillaient dans les galeries voisines où le coup d’eau s’est produit ; au lieu de fuir immédiatement, ils allèrent au devant de l’inondation et tous ensemble luttant contre le courant d‘eau et de boue, ils tentèrent de sauver l’ouvrier Vandenbosch, qui avait les deux jambes cassées.

Malheureusement, l’eau qui montait toujours rendait leurs efforts illusoires, la chute des lampes les plongea dans l’obscurité complète ; dans ces conditions, le malheureux qu’ils voulaient sauver leur échappa et les braves ouvriers gagnèrent à grande peine l’accrochage.

Extrait du moniteur du 18 juillet 1914.

Un beau geste de la Reine ELISABETH.

Visite de la Reine aux familles des victimes de la catastrophe du charbonnage St Henri à Thieu le 2 mars 1914.

La Reine ELISABETH, femme au cœur généreux qui si souvent déjà s’est penchée avec pitié sur les souffrances des malheureux, vient de justifier une fois de plus son beau nom de consolatrice des malheureux.

Avant-midi, Mr INGENBLECK, secrétaire de leurs Majestés, était passé en automobile à Thieu ; il avait fait avertir Mr MANCHE (gérant du charbonnage) qu’il se présenterait chez lui l’après-midi, les familles des victimes étaient également prévenues qu’on viendrait leur rendre visite l’après-midi.

Vers 17 heures, une grosse voiture automobile s’arrêta devant la maison du porion Léopold HARDAT, l’héroïque mineur qui trouva la mort en tentant un dernier effort pour arrêter le torrent souterrain.

Quelques personnes attirées par le ronflement du moteur virent descendre de l’automobile, un Monsieur et deux Dames vêtues de noir.

Mr INGENBLECK se présenta et fit connaître l’Auguste Visiteuse, sa Majesté s’entretint alors pendant dix minutes avec Mme HARDAT et ses enfants leur prodiguant à tous, avec une exquise douceur ses meilleures consolations.

Après avoir affectueusement serré les mains, elle regagna la voiture royale, saluée respectueusement par les quelques curieux qui stationnaient dans la rue.

L’automobile se dirigea alors vers la place des Aulnois ; la Reine précédée de Mr INGENBLECK descendit de l’auto et s’engagea dans la petite ruelle, qui à travers les jardins conduit à la maison de Vital VANDENBOSCH, qui trouva la mort dans les circonstances affreuses que l’on sait.

Mr INGENBLECK annonça à Mme VANDENBOSCH qu’elle allait recevoir la visite de sa Majesté la Reine ; ici, encore, la Reine prodigua les paroles les plus douces au cœur de ces malheureux, elle demanda affectueusement des renseignements sur cette famille.

On lui répondit que cinq des enfants étaient des filles et que le dernier était le jeune garçon de 13 ans et demi.

La Reine voulut savoir où il travaillait ; à la verrerie fut-il répondu, il se lève à 4 heures et part au train à 4 heures 50, il revient le soir à 18 heures ; la Reine déclara : pauvre petit, je m’intéresserai à vous, je vous le promets.

La Royale Visiteuse prit congé de la famille VANDENBOSCH et regagna son automobile escortée par les filles du malheureux mineur ; elle donna à celles-ci une dernière poignée de main et l’automobile démarra.

A Thieu, personne ne voulait croire que c’était la Reine, qui aussi simplement, était venue rendre visite aux familles éprouvées par la catastrophe.

Jésuite Georges DEMEIVRE de Strasbourg, Château St Pierre à Thieu.

Parachutages et atterrissages forcés à Thieu en 1944

Grâce à l’aimable collaboration d’André Schaillié, originaire de Thieu, j’ai obtenu des documents écrits de Louis Dumont qui fut témoin de quelques faits de guerre en 1944. Vu la longueur et mon choix des textes, je vous livre une partie du vécu de ce  Thiérois né le 19 janvier 1929.

La Société des Charbonnages de Strépy-Bracquegnies possédait un quai de chargement le long du canal du Centre à Thieu, le  long du cul-de-sac près de la cimenterie. La population était autorisée à nettoyer les wagons « vides ». J’avais 15 ans et je revenais avec ma brouette et mon sac de charbon. Passant sur le pont de l’écluse et m’engageant dans la rue des Peupliers (disparue), je vis avec stupéfaction un parachute au-dessus de moi. Le para tomba de l’autre côté de la rue dans le potager du bureau et réfectoire de la cimenterie. Chance inouïe ! Un mètre à côté, c’était la chute le long de la pente tombant à pic vers
l’entrée de la carrière. Ayant oublié de serrer ses bottes, au choc de l’ouverture du parachute, il se retrouva en chaussettes sur la terre ferme. Joseph Paradis, chef électricien, qui occupait les lieux à cette époque lui donna une paire de vieilles savates. Un second para tomba de l’autre côté du chemin de fer entre les poteaux de haute tension. Un troisième tomba au chemin des Marlières près du calvaire Les cordes de son parachute s’étant entremêlées, il fit une mauvaise chute et resta allongé. La Croix Rouge le transporta. Poursuivant ma route, j’appris par l’intermédiaire de mon frère qu’un avion militaire avait été abattu sur la hauteur de la chapelle de Creuse. On retrouva le pilote mort dans les champs. ( Je suppose qu’il avait sauté trop tard ou que son parachute n’avait pas eu le temps de s’ouvrir. ) Nous nous rendîmes sur le lieu du crash. Nous revînmes avec des morceaux d’ailerons qui nous servirent, pendant des années, de cloisons pour notre trou au fumier.

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A l’automne 44, dans un bruit assourdissant, je vis un monomoteur aux couleurs américaines décrire une large courbe à basse altitude au-dessus de Thieu. Etrange, bizarre, aucun aérodrome n’existait ici ! Un peu plus tard, la rumeur confirma qu’un avion avait atterri au lieu dit : « La Brûlotte ». Nous nous précipitâmes et nous vîmes un chasseur américain qui avait fait un atterrissage forcé sur le ventre. L’engin s’était arrêté contre le petit talus du Chemin de l’Empereur presque sur la chaussée de
Mons. C’était un P47 Thunderbolt, ancêtre du Thuderjet en usage plus tard dans notre force aérienne. Le pilote s’était précipité vers l’habitation la plus proche habitée par Raoul Bran, un papier à la main sur lequel était écrit en plusieurs langues « Pouvez-vous me cacher… ». Il n’en était plus question, il était en territoire libéré. Le pilote s’était complètement égaré. L’armée américaine mit deux sentinelles pour garder l’épave mais on oublia de les ravitailler. Le soir, je vis la maman de Jean Barbiot leur cuire une omelette.

Patrick Renaux

La rue des Ecoles à Thieu

Ayant habité à Thieu dès l’âge de 4 ans, André a passé 28 années dans la cité des ascenseurs. Amateur d’histoire locale, photographe à ses heures, il a mitraillé les coins les plus typiques de notre entité pour illustrer les textes de son parrain, François Bertrand, membre du Cercle d’Histoire Léon Mabille.

Afin de limiter ses propos, il a choisi de nous entretenir au sujet de la rue des Ecoles.

 

Michel se souvient de l’église Saint-Géry à Thieu

Michel nous livre plusieurs anecdotes ayant trait à l’église Saint-Géry de Thieu. Il se souvient très bien du jour où Monsieur le curé a sorti en pleine messe un rexiste du village qui voulait prendre la parole pour vanter les mérites et les idées de Degrelle… Mais aussi du vol des cloches par l’occupant allemand. Gamin, Michel y a reçu une balle pelote dans l’œil alors qu’il assistait à une lutte de ce sport à l’époque très populaire en nos villages. Comment ne pas encore évoquer la bagarre entre le curé et son voisin ; cet événement ayant été immortalisé sur une fresque murale peinte par un certain Karl. Enfin, il se souvient très bien de l’arrivée des premiers Américains à Thieu et de la liesse populaire qui s’en suivit.

Christiane se souvient du Chalet du Tram au Roeulx

Christiane se souvient du temps où elle prenait le tram au bas de la Chaussée de Mons … Il ne fallait surtout pas être endimanché, nous dit-elle, pour embarquer dans celui-ci tant la poussière de charbon risquait de couvrir vos beaux habits ! Passant par les campagnes de Thieu et de Thieusies, la ligne Bracquegnies – Le Roeulx – Casteau permettait ensuite de rejoindre Bruxelles … Il fallait cependant bien compter sur plus de quatre heures de voyage ! En hiver, Christiane attendait son arrivée dans le Chalet du Tram, appelé aussi « la baraque de planches ». Elle avait alors l’opportunité d’y siroter une bonne limonade ! Ce sympathique tramway n’était cependant pas toujours à l’heure. Mais aucun voyageur ne lui en tenait rigueur tant son parcours était bucolique et folklorique ! Il n’était d’ailleurs pas rare qu’il faille en descendre pour l’assister quand la pente se faisait plus raide. Et puis, qu’est-ce qu’on aimait entendre son bruyant sifflement dans nos contrées agrestes !

Michel et Jacqueline se souviennent de la cimenterie de Thieu

Michel et Jacqueline se remémorent les années où la cimenterie de Thieu battait son plein. Elle employait nombre de Thierrois et prospérait. Revers de la médaille, cette usine causait quelques désagréments : le bruit incessant de l’élévateur à godets puis du pont roulant, le trafic routier, les façades embouties par des camions et surtout, la poussière qui pénétrait partout y compris dans les habitations.